Centrale Lyon ENISE : Vous êtes aujourd’hui doctorant, pouvez vous résumer votre parcours jusqu’à ce poste ?
Charles Javerliat : Je suis ingénieur informatique, diplômé de l’INSA de Lyon. J’ai réalisé mon stage de fin d’études au Laboratoire d'InfoRmatique en Image et Systèmes d'information (LIRIS). Ce laboratoire d’informatique est une unité mixte de recherche du CNRS, de l'INSA de Lyon, de l'Université Claude Bernard Lyon 1, de l'Université Lumière Lyon 2 et de l'Ecole Centrale de Lyon. Ses recherches concernent un large spectre de la science informatique, notamment la réalité virtuelle et l’IA.
Sous la direction de Guillaume Lavoué, l’objectif de mon stage de 6 mois était de faire une étude préliminaire sur l’impact des stimuli multi sensoriels dans l’usage de la réalité virtuelle. J’ai développé une machine à odeur pour ajouter un stimuli olfactif aux stimuli visuels et sonores.
A la fin du stage, on m’a proposé de rester au sein du LIRIS et de rejoindre l’équipe de recherche en tant que doctorant. Cette équipe est spécialisée dans l’étude des différents stimuli, un thème en lien avec la formation en Génie Sensoriel de Centrale Lyon ENISE.
Centrale Lyon ENISE : Quel a été votre sujet de recherche ?
Charles Javerliat : Mon sujet de recherche était la participation à un projet de préservation du patrimoine culturel sur le chantier médiéval de Guédelon. Aux côtés d’une experte en archéologie du paysage sonore et d’une nez, j’ai réalisé une captation des gestes des artisans. Nous avons produit une scène immersive multi sensorielle en réalité virtuelle pour garder une trace du patrimoine intangible. J’ai soutenu ma thèse début mars 2026, je suis maintenant docteur.
Centrale Lyon ENISE : Pouvez-vous nous en dire plus sur le projet Kinéo ?
Charles Javerliat : Le projet Kinéo est issu de mes recherches. C’est le logiciel que j’ai développé pendant ma thèse pour réaliser les captations. Il permet de faire de la captation de mouvement rapide, sans marqueurs et à partir de caméras grand public. A partir du flux vidéo de 6 caméras GoPro, on arrive à reconstruire les mouvements. C’est une technologie facilement exploitable par des non experts. Le matériel et la prise en main sont simples.
Centrale Lyon ENISE : Quel est son stade de développement ?
Charles Javerliat : Aujourd’hui, je cherche à valoriser Kinéo, c‘est-à-dire à passer du prototype académique à la solution industrielle. Les cas d’usages peuvent être très variés :
- Récréatifs et culturels : de l’animation 3D pour tous
- Industriels : analyse d’ergonomie sur des chaînes de production
- Sportifs, médicaux, artistiques…
Pour faire cela, j’ai un statut d’ingénieur de recherche pour un an, financé en partie par France 2030 et Centrale Lyon ENISE.
Centrale Lyon ENISE : Quels sont vos objectifs pour Kinéo ?
Charles Javerliat : Pour ce type de projet, il a deux possibilités. Après la prématuration et la maturation, on peut soit transférer la technologie soit créer une startup. La première option permet de donner l’outil à un exploitant en échange de royalties. La seconde permet d’exploiter nous-même le logiciel pour faire de la prestation ou vendre la solution. Ces deux voies sont très différentes et rien n’est décidé aujourd’hui. L’aventure start-up est tentante, mais nécessite d’être bien accompagné dans le parcours entrepreneurial. Heureusement, à Saint-Etienne, l’écosystème est assez actif, tout comme du côté du LIRIS. C’est rassurant.
Centrale Lyon ENISE : A quels étudiants recommanderiez-vous votre parcours ?
Charles Javerliat : A tous ceux qui ont un projet entrepreneurial, une idée à développer et une forte volonté de s’y consacrer. Il ne faut pas avoir peur de tenter l’expérience, car on peut bénéficier de dispositifs d’accompagnement.
Centrale Lyon ENISE : Enfin, quels sont selon vous les points forts de la formation Ingénieur Génie Sensoriel ?
Charles Javerliat : Ce qui est très intéressant dans cette formation pour les étudiants, c’est qu’elle replace l’humain au centre de la technologie. Je veux dire qu’elle cherche à caractériser la réaction de l’humain vis-à-vis de ce qu’on lui propose. C’est une approche vraiment innovante qu’on ne voit pas partout. La formation a un fort potentiel. Par ailleurs, le domaine de la réalité virtuelle est pluridisciplinaire. Il pousse à mettre en œuvre des compétences variées pour développer les dispositifs : mise en œuvre, développement informatique et analyse psycho-cognitive. On ne s’ennuie jamais !


